Alimentation et transition écologique

Contexte général

En France, l’empreinte carbone d’un habitant est de 11,2 tonnes par an, alors qu’elle devrait se limiter à 2 tonnes pour atteindre les objectifs de l’accord de Paris de 2015. 24 % de ce total est lié à l’alimentation (cela prend en compte la production agricole, la transformation alimentaire, les emballages et déchets, etc.).

La production agricole représente 20 % des émissions de gaz à effet de serre territorial de la France.

Plusieurs problématiques environnementales et sanitaires sont liées à l’alimentation :

  • Les différentes pollutions et émissions produites par le secteur agricole : les engrais et pesticides de synthèse qui détruisent les sols et la biodiversité et polluent les nappes phréatiques, la désertification liée aux grandes cultures non diversifiées, l’utilisation de machines polluantes, les élevages intensifs…
  • La consommation non locale (importations de produits exotiques et de produits venant de pays aux réglementations trop souples) est source de gaspillages alimentaires (entre 20 et 30 kg/par personne dans les foyers, 9 millions de tonnes au total en comptant la grande distribution et la restauration).
  • La production d’emballages et de déchets non biodégradables qui sont peu recyclés et souvent incinérés ou perdus dans la nature, est une cause de pollution colossale.
  • L’élevage animal hors sol voire en batterie et les pratiques de certains abattoirs sont une cause de souffrance animale importante. Dans ces élevages où les animaux vivent dans des espaces clos le risque de dispersion de maladies est réel. Pour limiter ce risque, les éleveurs ont recours aux antibiotiques préventifs, ce qui participe au développement de maladies (animales et humaines) résistantes aux médicaments.

La Convention Citoyenne pour le Climat constituée en octobre 2019, dont l’objectif était de définir des propositions pour baisser de 40 % les émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030 (par rapport à 1990), a listé 15 objectifs concernant l’alimentation. Ces objectifs peuvent être classés en 3 catégories :

Ceux pour lesquels des actions peuvent être entreprises au niveau de la commune :

  • Engager la restauration collective vers des pratiques plus vertueuses.

Ceux pour lesquels le rapport de force entre les consommateurs, les agriculteurs et la grande distribution doit être modifié :

  • Des négociations plus transparentes et plus justes pour les agriculteurs. En 2018, les six plus importants groupes de la grande distribution se partageaient 92 % du marché. Cet oligopole joue en défaveur des producteurs dont les marges sont sans cesse tirées vers le bas et des consommateurs dont les choix sont limités.
  • Développer les circuits courts qui permettent de rétablir un équilibre de pouvoir entre producteurs et distributeurs, tout en diminuant les pollutions liées au transport de marchandises.

Ceux pour lesquels il faut agir au niveau national :

  • Réduire le gaspillage alimentaire au niveau collectif et individuel.
  • Développer les pratiques agroécologiques.
  • Réformer l’enseignement et la formation agricole.
  • Inciter à une position ambitieuse de la France pour la négociation de la PAC (Politique agricole commune).
  • Faire de la PAC un levier de transformation au niveau national.
  • Développer une pêche à faible émission.
  • Développer une politique commerciale basée sur une alimentation saine et une agriculture faible en émissions de gaz à effet de serre.
  • Mieux informer les consommateurs.
  • Réformer le fonctionnement des labels.
  • Rendre obligatoire l’information des citoyens sur l’alimentation pour les rendre acteurs des changements.
  • Mettre l’éthique au cœur de notre alimentation pour en améliorer la qualité.
  • Sauvegarder les écosystèmes en légiférant sur le crime d’écocide.

Ces deux dernières missions devraient faire l’objet d’actions de sensibilisation et d’éducation au niveau de la commune.

Alimentation et climat

Le secteur agricole émet une quantité importante de gaz à effet de serre qui participent au réchauffement climatique.

Les causes en sont :

  • Les émissions de méthane, principalement dues aux élevages de ruminants. Le méthane est un gaz dont l’effet de serre est 28 fois supérieur à celui du CO2.
  • Les émissions de CO2 liées à l’usage des machines agricoles (pour rappel, l’agriculture française est très mécanisée, en partie du fait d’une incitation fiscale).
  • La déforestation qui remplace les forêts par des élevages ou des champs. En France, on a progressivement supprimé les haies entre les cultures pour laisser passer des machines de plus en plus imposantes, au détriment de la fixation du carbone dans les sols et de la photosynthèse.
  • Les monocultures sans rotation l’hiver laissent les sols à nu, ce qui empêche la captation du carbone par les sols et les plantes.

Les processus de transformation des aliments (notamment l’ajout de sucres, huiles, colorants et additifs) sont également source de gaz à effet de serre, notamment lorsque les produits ajoutés sont importés (exemple : l’huile de palme dont la production participe activement à la déforestation dans les pays où elle est produite).

Les produits transformés sont ensuite transportés partout dans le pays, voire dans le reste du monde, au moyen de transports polluants comme les bateaux, les avions et les camions.

Alimentation et biodiversité

L’explosion du secteur agricole entamée en France après la Seconde Guerre mondiale a eu pour conséquence une ultra-spécialisation des cultures et des élevages, afin d’en augmenter les rendements. Aujourd’hui, une grande partie des exploitations agricoles sont spécialisées dans les grandes cultures céréalières, la betterave, les vignes, les bovins, etc. Cette ultra-spécialisation a pour conséquence de fragiliser la biodiversité locale puisqu’on sélectionne de plus en plus précisément les espèces avec le plus haut rendement (à noter que ces espèces ne sont pas toujours les plus résistantes aux conditions extérieures, maladies, ravageurs, etc.). Dans ces exploitations, la suppression des haies a provoqué la disparition des îlots de biodiversité (pollinisateurs, oiseaux, insectes, etc.).

Le travail de la terre a un impact négatif sur la biodiversité du sol, celle-ci est en effet détruite par le passage de machines qui retournent le sol pour l’aérer.

L’utilisation de pesticides est un fléau pour la biodiversité vivant sur les parcelles agricoles, car ils tuent sans distinction ravageurs, pollinisateurs, espèces bénéfiques.

Les sols appauvris par leur surexploitation et l’usage de produits chimiques sont alors inhabitables pour les espèces qui y vivent normalement : vers de terre, fourmis, etc.

Les espaces de production agricole en France (source http://www.cartes-2-france.com)

Alimentation et pollution

Les intrants chimiques utilisés par les agriculteurs sont une source de pollution importante. Ces intrants pénètrent les sols jusqu’aux nappes phréatiques ou atteignent directement les cours d’eau douce, mettant en péril la vie terrestre et marine.

Un exemple flagrant de ce phénomène est l’épandage intensif d’intrants azotés provenant des déjections de porcs dans les cultures bretonnes. Les déjections de porcs étant très concentrées en azote, elles représentent un fertilisant extrêmement puissant qui augmente les rendements d’une production de manière très efficace. Ces déjections sont épandues sur les sols qui n’en retiennent qu’une partie. Le reste s’écoule dans les cours d’eau et “fertilise” l’eau des rivières et de l’océan au bord des plages. Cette soudaine fertilisation réveille une activité bactérienne importante qui stimule la croissance d’algues vertes. La prolifération de ces algues induit un déséquilibre de l’écosystème côtier dans son ensemble.

Ramassage d’algues vertes en Bretagne

Le rôle de la grande distribution

En 2016, le WWF a publié une étude sur les 25 entreprises françaises les plus polluantes. Parmi ces entreprises, la grande distribution occupait une place importante en raison de l’importation massive de ressources menaçant directement les écosystèmes où elles sont produites. Parmi ces ressources, on retrouve :

  • l’huile de palme,
  • le soja,
  • les ressources halieutiques (poissons d’élevage et sauvages),
  • le bœuf.

Les entreprises à l’impact le plus fort sont toutes des enseignes de la grande distribution: Carrefour, Auchan, Casino, E. Leclerc, Les Mousquetaires, Système U. Ces entreprises surexploitent les 16 ressources sensibles définies par l’enquête.

La grande distribution a également un rôle important dans la surpêche et l’exploitation halieutique non durable. Selon une enquête menée par l’UFC-Que Choisir, 8 poissons sur 10 trouvés sur les étals de poissonneries françaises sont issus d’une pêche non durable, c’est-à-dire qu’ils proviendraient de stocks déjà surexploités.

L’utilisation très fréquente de chaluts par les gros acteurs de la grande distribution est particulièrement destructrice de la biodiversité marine, puisque ces chaluts raclent les fonds marins et capturent tout sur leur passage.

L’aquaculture n’est pas plus exemplaire que la pêche, puisque les poissons élevés sont des carnivores supérieurs (thons, saumons, etc.) qui sont nourris avec des produits halieutiques transformés : huiles et farines de poissons qui sont elles-mêmes issues de la pêche, bien souvent non durable. Cette surpêche cause un déséquilibre de la chaîne trophique, puisque les poissons pêchés sont planctonophages et nourrissent les prédateurs sauvages.

D’un point de vue économique, les grandes surfaces occupent une place prédominante par rapport aux autres acteurs du secteur agro-alimentaire. En 2018, 365 entreprises se partageaient 60 % du marché, et les 4 plus grands groupes (Carrefour, Auchan, Système U et Casino) dominaient 90 % du marché français. Cet oligopole a un pouvoir colossal de négociation avec les producteurs qui ne touchent que 6 % de la valeur totale de l’alimentation, alors que la grande distribution s’accorde des marges allant de 20 à 40 % selon les produits.

Une étude du Bureau d’Analyse Sociétale pour une Information Citoyenne (Basic) dénonce également les coûts humain et économique indirects causés par la grande distribution : pollutions de l’air et de l’eau par exemple, mais aussi l’obésité qui pourrait en partie être attribuée aux modes de consommation déséquilibrés encouragés par ces enseignes, ainsi qu’aux additifs et sucres ajoutés dans les produits du quotidien.

Quelles sont nos libertés dans cette situation ? Pouvons-nous agir ?

Un sujet pour une convention citoyenne sur la commune ?

Muttiah Yogananthan


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